Jean-Paul II a été annoncé par Don Dolindo Ruotolo en 1965

Au moins deux [1] prophéties (une polonaise, une italienne) semblent avoir prédit le pontificat de Jean-Paul II. Dans son Petit Journal, Ste Faustyna Kowalska (1905-1938) attribue au Christ les paroles suivantes : 

"J'ai particulièrement aimé la Pologne, et, si elle obéit à ma volonté, je l'élèverai en puissance et en sainteté. C'est d'elle que jaillira l'étincelle qui préparera le monde à mon ultime venue." (Petit Journal n° 1732) 

Cela semblerait bien convenir au Pape polonais, étant donné que c'est justement lui qui réhabilite et puis canonise Ste Faustine (dont les écrits avaient été mis à l'Index) et qui prend comme devise la formule Totus tuus ("Tout à toi, Marie") de St Louis-Marie Grignion de Montfort, le prédicateur breton qui avait prophétisé l'essor des "apôtres des derniers temps" presque 300 ans plus tôt. Il y a plusieurs indications de l'aspect eschatologique de la pensée de Karol Wojtyla, dont son ouverture aux révélations privées (notamment les apparitions de Civitavecchia ou Medjugorje, ainsi que les locutions de Don Stefano Gobbi, qu'il invitait à concélébrer la Messe dans sa chapelle privée) et une fameuse allocution aux Etats-Unis en 1976, deux ans avec son élection, quand il parla de la "confrontation finale" entre l'Eglise et la Contre-Eglise. [2]

On pourrait peut-être argumenter que les mots "l'étincelle qui préparera le monde à mon ultime venue" peuvent être interprétés de plusieurs façons. La deuxième prophétie, par contre, est plus spécifique, son accomplissement historique difficile à contester. Le 2 juillet 1965, le prêtre italien Don Dolindo Ruotolo (1882-1970), un mystique considéré par beaucoup comme le "Padre Pio de Naples", adresse un message au diplomate polonais Witold Laskowski au verso d'une carte portant l'image de "Maria Regina Gloriosissima". On y trouve des mots qu'il attribue à la Vierge Marie et qui font référence à la bataille contre l'armée turque aux portes de Vienne gagnée par le Roi de Pologne Jean III Sobieski (1629-1696) :

"Marie à l'âme: Le monde va vers sa ruine, mais la Pologne, comme au temps de [Jean]Sobieski, par sa dévotion à mon Coeur, sera aujourd'hui comme les 20 mille [soldats] qui ont sauvé l'Europe et le monde de la tyrannie turque [en 1683]. Maintenant c'est la Pologne qui libérera le monde de la terrible tyrannie communiste. Un nouveau Jean surgira qui brisera de manière héroïque les chaînes au-delà des confins imposés par la tyrannie communiste. Retiens cela. Je bénis la Pologne. Je te bénis. Bénissez-moi.

Le pauvre prêtre Dolindo Ruotolo - 58, rue Salvator Rosa, Naples." [3]

Une copie de la carte a été retrouvée en 1978 et authentifiée le 24 mars 1979 par l'évêque slovaque Pavel Hnilica (1921-2006). Il fallait par contre attendre 2005 pour retrouver l'original chez la Soeur Eugenia Giussani, qui assistait Mgr Hnilica dans ses derniers jours. 

NOTES

[1] La question de l'existence d'une prophétie datant de 1948 de la part de Padre Pio lors d'une visite du Karol Wojtyla à San Giovanni Rotondo reste plus contestée. Jean-Paul II lui-même, interrogé à ce sujet à plusieurs reprises, ne le confirma pas. Cependant, la Marquise Giovanna Rizzani Boschi, qui accompagna le jeune prêtre polonais chez le capucin stigmatisé en compagnie du professeur Enrico Medi, dit dans le livre La Missione dei Servi di Dio du P. Franco d'Anastasio avoir entendu de la part de Medi que, voyant Karol Wojtyla, le Padre Pio "le regarda droit dans les yeux et lui dit : "Tu seras Pape, mais il y aura du sang et de la violence" (Tu sarai papa, ma vi sarà sangue e violenza”). Ettore Boschi, le fils de Giovanna Rizzani, atteste que sa mère se souvint de cet épisode le 16 octobre 1978 lors de l'élection de Jean-Paul II. Essayant d'expliquer pourquoi le Pape n'avait pas apporté sa propre confirmation, les Capucins qui gèrent le site officiel www.padrepio.it et qui regardent la prophétie comme authentique non seulement par rapport à l'élection de Jean-Paul II mais aussi l'attentat du 13 mai 1981 contre sa vie, ont émis l'hypothèse que Wojtyla (qui parlait à peine italien à l'époque) ne l'avait pas comprise, contrairement à Enrico Medi qui l'avait aussi entendue.

Source: https://www.padrepio.it/padre-pio-a-don-karol-wojtyla-tu-sarai-papa-ma-vi-sara-sangue-e-violenza/

[2] Cité dans le Wall Street Journal, 9 novembre 1978. Voir https://www.ncregister.com/commentaries/john-paul-ii-s-warning-on-final-confrontation-with-the-anti-church

[3] Voir : https://it.aleteia.org/2020/09/30/profezia-don-dolindo-giovanni-paolo-ii/