Jean-Paul II (+2005) : "nous sommes dans un Nouvel Avent"

Deux ans avant son élection comme Pape en 1978, Karol Wojtyla prononce quelques paroles aux Etats-Unis qui sont souvent citées comme témoignant d'une interprétation prophétique de l'époque moderne en termes d'une "confrontation finale" que l'Eglise doit affronter :

"Nous nous trouvons devant la plus grande confrontation historique que l'humanité ait jamais traversée. [...] Nous faisons face aujourd'hui à la confrontation finale entre l'Église et la contre-Église, entre l'Évangile et l'anti-Évangile. Cette confrontation s'inscrit dans les desseins de la Divine Providence ; c'est une épreuve à laquelle l'Église entière, et l'Eglise polonaise en particulier, doit faire face. C'est une épreuve non seulement pour notre nation et l'Église, mais en un certain sens une épreuve de 2000 ans de culture et de civilisation chrétienne, avec toutes ses conséquences pour la dignité humaine, les droits individuels, les droits de l'homme et les droits des nations."(1)

En novembre 1980 (quelques mois avant l'attentat visant à le tuer),  lors d'un entretien avec un groupe de pèlerins à Fulda en Allemagne, le Pape parle d'épreuves graves qui attendent l'Eglise :

"Nous devons être prêts pour des tribulations imminentes, qui peuvent nécessiter le sacrifice de notre vie et le don total de nous-mêmes au Christ et pour Lui. L'intensité de ces épreuves peut être diminuée par notre prière et la vôtre, mais elles ne peuvent pas être évitées, parce que c'est uniquement par les épreuves que le vrai renouveau peut venir. Soyons forts et préparons-nous, ayant confiance en Christ et sa Mère." (2)

En même temps, le Pontificat de Jean-Paul II n'est pas marqué par un pessimisme catastrophiste. Regardant les dernières années du XXe siècle et la période de préparation du Grand Jubilé de l'An 2000 comme un "Nouvel Avent", et reprenant l'appel de Paul VI à construire une "civilisation de l'amour"(3), le Pape polonais exprime la conviction que le nouveau Millénaire apportera la renovation du monde : 

"Montrer l'espérance est une tâche fondamentale de l'Eglise. Le Concile Vatican II nous a laissé à ce propos une note lumineuse:  "On peut légitimement penser que l'avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre  et  d'espérer"  (Gaudium et spes, n. 31). Dans cette perspective, j'ai plaisir à reproposer l'appel à la confiance que j'ai lancé dans mon discours aux Nations unies, en 1995:  "Nous ne devons pas avoir peur de l'avenir [...] Nous sommes capables de sagesse et de vertu. Avec ces dons et avec l'aide de la grâce de Dieu, nous pouvons construire dans le siècle qui est sur le point d'arriver et pour le prochain millénaire, une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté.
Nous pouvons et nous devons le faire! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d'un nouveau printemps de l'esprit humain"(4) 

C'est dans cette optique qu'il cite Ste Faustine lors de la cérémonie de dédicace du Sanctuaire de la Divine Miséricorde à Cracovie-Lagiewniki le 17 août 2002 :

"C'est pourquoi, aujourd'hui, dans ce sanctuaire, je veux confier solennellement le monde à la Divine Miséricorde. Je le fais avec le désir que le message de l'amour miséricordieux de Dieu, proclamé ici à travers sainte Faustyna, atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leur coeur d'espérance. Que ce message se diffuse de ce lieu dans toute notre Patrie bien-aimée et dans le monde. Que s'accomplisse la promesse solide du Seigneur Jésus; c'est d'ici que doit jaillir "l'étincelle qui préparera le monde à sa venue ultime" (cf. Journal, 1732 - éd. it. p. 568). Il faut allumer cette étincelle de la grâce de Dieu. Il faut transmettre au monde ce feu de la miséricorde." (5)

1. Cité dans le Wall Street Journal, le 9 novembre 1978.

2. Propos publiés dans Stimme des Glaubens en 1981. L'existence de cet entretien a été mis en doute par certains commentateurs, notamment en ce qui concerne les remarques attribuées au Pape concernant le Troisième Secret de Fatima. Les lignes citées ici sont par contre réproduites en 2008 dans le livre The Final Secret of Fatima par le Cardinal Bertone, et peuvent donc raisonnablement être considérées comme étant fiables. 

3. "C'est aussi à vous, jeunes hommes et jeunes femmes, qui serez les adultes du prochain siècle, qu'est confié le «Livre de la Vie» que dans la nuit de Noël de cette année, le Pape passant en premier le seuil de la Porte Sainte, montrera à l'Eglise et au monde comme source de vie et d'espérance pour le troisième millénaire (cf. Incarnationis mysterium, 8). Que l'Evangile devienne votre trésor le plus précieux: dans l'étude attentive et l'accueil généreux de la Parole du Seigneur, vous trouverez la nourriture et la force pour la vie quotidienne et vous pourrez y puiser les raisons pour continuer dans un engagement renouvelé l'édification de la civilisation de l'amour." (Message aux Jeunes du Monde à l'occasion de la XVe Journée Mondiale de la Jeunesse, le 29 juin 1999)

4. Audience générale du 24 janvier 2001 : http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/audiences/2001/documents/hf_jp-ii_aud_20010124.html

5. http://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/homilies/2002/documents/hf_jp-ii_hom_20020817_shrine-divine-mercy.html