Marcel Van (1928-1959) : "le Sacré-Cœur vaincra"

Présentation

Né en 1928 à Ngam Giao au Vietnam, l'enfance de Nguyen Tan Van est marquée par la pauvreté et la maltraitance  entre à l'âge de 14 ans au petit séminaire de Lang-Son chez les Dominicains, étudiant à la cure de la paroisse Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus à Quang Uyen. C'est là où il découvre l'Histoire d'une âme et a une rencontre mystique avec Ste Thérèse - qui avait elle-même été désignée pour aller à Hanoï, voyage auquel elle avait dû resigner pour des raisons de santé. Elle dit au jeune vietnamien :

"Van, Dieu veut que les leçons d'amour qu'Il m'a enseignées autrefois dans le secret de mon âme se perpétuent en ce monde. C'est pourquoi il a daigné te choisir comme petit secrétaire pour exécuter le travail qu'Il désire te confier...." [1]

Elle lui révèle également que Van ne sera pas prêtre, mais que Dieu veut l'introduire dans "une vie cachée où tu seras apôtre par le sacrifice et la prière". En songe, Van voit un homme qui lui demande s'il voudrait rejoindre les Rédemptoristes. Ste Thérèse l'identifie comme St Alphonse Liguori, fondateur de cette congrégation. En octobre 1944, Van commence son noviciat au couvent des Rédemptoristes à Hanoï, où il reçoit le prénom Marcel. Entre 1945 et 1947, il a un grand nombre de dialogues avec Jésus, la Vierge Marie et Ste Thérèse, qu'il appelle sa "soeur" spirituelle. Ces dialogues, rassemblés à la demande de son directeur spirituel, le Père Antonio Boucher (1907-1991) ont été publiés après sa mort dans la traduction française de ce prêtre québecois sous le titre Colloques (Oeuvres Complètes, vol. 2, préfacé par le Cardinal Christoph Schönborn). 

Frère Marcel reçoit plusieurs messages concernant la situation spirituelle non seulement du Vietnam mais également du peuple français, ainsi qu'une série de prières pour la France (pays où il ne mettra pourtant jamais les pieds). Affecté à Saigon (Hô-Chi-Min-Ville) en 1950, Marcel fait sa profession solennelle en 1952. Deux ans plus tard, suite à la déclaration d'indépendance du Vietnam et la division entre le Nord (communiste) et la république du Sud, il retourne à Hanoï pour aider les catholiques, persecutés par les Viet Minh, groupe paramilitaire dont il est question dans les Colloques. Arrêté en 1955, il est condamné à 15 ans de travaux forcès, ayant refusé de renier sa foi. Face à son témoignage autour des prisonniers, on l'isole au camp Yen Binh où il est atteint de tuberculose et meurt le 10 juillet 1959. 

Extraits des messages :

Frère Marcel transcrit ses messages en tant qu'"intermédiaire", un rôle que Jésus lui assigne en le comparant au tout début des Colloques à la mystique italienne Soeur Bénigna Consolata Ferrero (1885-1916). Marcel note ces conversations avec le Ciel sans nécessairement comprendre leur portée : le 12 novembre 1945 il demande au Christ, avec une simplicité qui lui est propre : "Mon Jésus, je ne comprends pas grand chose à tes paroles adressées à la France. Est-ce que ça va quand même ?"

(Jésus) : "En parlant autrefois à soeur Bénigna, je lui ai prédit qu'il existerait plus tard une armée de petits apôtres de mon amour qui apprendraient aux hommes de m'aimer et à me savuer des âmes. Et toi, mon petit apôtre, c'est aussi à ce moment-là que je t'ai choisi et, avec toi, beaucoup d'autres qui se succèderont pour continuer dans le monde l'oeuvre que je veux accomplir. A chacun j'assigne une tâche différente. Actuellement ces apôtres sont encore cachés attendant, pour se montrer, le jour fixé par ma volonté. Il y aura aussi plus tard une armée de la Sainte Vierge ; souviens-toi de prier dès maintenant pour cette faible armée car, à peine sera-t-elle lancée dans la bataille, tout l'enfer se lèvera en bloc contre elle de sorte qu'elle se verra comme dans l'impossibilité de lui tenir tête. Mais dans la suite, l'enfer subira une défaite retentissante et alors la Sainte Vierge sera glorifiée sur cette terre. Tu dois donc prier beaucoup pour que cette armée puisse lutter avec ardeur et courage jusqu'au bout. Cette armée n'existe pas encore actuellement, mais elle existera plus tard... (le 22 octobre 1945, Colloques, p. 32.)

(Jésus) : "O petit apôtre de mon amour, écris les paroles que je t’adresse au sujet de la France. Oui, je veux que tu me serves d'intermédiaire, même pour la France...Ne crains rien. […] Hélas ! O France, pays que j’aime particulièrement… Ton devoir envers moi n’est pas un devoir ordinaire. O France, je t’aime ; et vous, Français, savez-vous bien quels sont envers vous les sentiments de mon cœur ? Voyez-vous mes larmes qui se mêlent à celles d’un étranger occupé à écrire les paroles que je lui dicte pour vous ? […] O prêtres du pays que j’aime particulièrement, je suis un fugitif qui demande asile chez vous. Quel accueil voulez-vous réserver à mon amour ? Serai-je chassé ou acceuilli avec zèle ? [...] Français, mes enfants, si vous repoussez loin de vous mon amour, de quel autre amour pourriez-vous bien vous servir pour relever la France? S'il n'y a aucun amour pour relever la France, alors la France se verra couverte d'épaisses fumées montant de l'enfer et, dans ce cas, elle deviendra un pays opposé à mon amour et elle finira par être détruite. Mais, mon enfant, humble enfant de mon amour, si l'on fait monter vers moi des prières provenant de coeurs confiants, simples et purs, plus tard, tu me verras sourire joyeusement au pays que j'aime" (12 novembre 1945, ibid., p. 65.)

(Marie) : "Pour ce qui est de ta question sur la fin du monde, je n'en sais absolument rien. Je ne connais ni le jour ni le mois où cela arrivera. Seule la Sainte Trinité est au courant de cette affaire. Pour moi, tout ce que Je sais, c'est que Jésus veut rétablir en ce monde le règne de son amour ; c'est par le lien de l'amour qu'il veut ramener l'unité dans le monde ; faire du monde un royaume qui lui appartienne en propre. Le règne de son amour comme une colonne de feu qui soutiendra le monde sur le point d'être détruit [...] et si le monde revient à la vie, c'est à cette flamme d'Amour qu'il le devra. [...]
Mon enfant, prie, prie beaucoup pour que le règne de l'amour de Jésus soit solidement établi sur terre dans toute sa beauté, et qu'il en soit de même pour mon propre règne. Le monde entier me reconnaitra pour sa véritable Mère, et c'est alors qu'il comprendra clairement l'amour dont mon cœur déborde pour lui.
Prie mon enfant, le règne de l'Amour arrivera bientôt dans le monde et mon règne à moi le suivra de près."
(6 janvier 1946, ibid., p. 145-146)

Position de l'Eglise

Le procès de béatification de Marcel Van est ouvert le 26 mars 1997 avec comme premier postulateur le Cardinal Nguyên Van Thuân (dont le procès de béatification est également entamé). Deux communautés ont été créés sous l'inspiration de la spiritualité de Marcel Van: le Carmel de Marie Vierge Missionaire et la Fraternité des Missionaires de l'Amour de Jésus.

Plus d'informations : https://mariemeredespretres.org/ressources/Marcel-Van-v1.6.pdf

Notes : 

[1] Autobiographie, 589-605.