Marthe Robin (1902-1981) : "la Sainte Vierge relèvera la France"

Présentation : 

Présentant pendant plusieurs décennies tout un ensemble de phénomènes scientifiquement inexpliqués (stigmates, inédie, d'innombrables "paroles de connaissance"...), Marthe Robin (1902-1981) reste l'une des figures les plus marquantes de la tradition mystique moderne par sa profondeur spirituelle et la luminosité de ses propos malgré des souffrances physiques extrêmes. Sa vie continue néanmoins de susciter de grandes controverses, notamment suite à la publication posthume du livre du religieux belge P. Conrad de Meester La fraude mystique de Marthe Robin par les Editions du Cerf en octobre 2020. Il faudrait souligner que ces critiques ne sont pas neuves : le P. de Meester, consultant lors du procès de béatification de Marthe, avait pourtant déjà présenté ses objections contre la stigmatisée de Châteauneuf-la-Galarde sans que la commission les retienne. Même si leur parution a crée une certaine sensation littéraire, le point de vue de l'auteur a vite été contré et n'a rien changé au niveau de l'attitude de l'Eglise envers Marthe, déclarée Vénérable par le Pape François en 2014. 

Extraits : 

La question de savoir si Marthe Robin a vraiment prononcé des "prophéties" dans le sens stricte, surtout en ce qui concerne la France contemporaine, reste un sujet de débat, notamment suite à la désapprobation par les Foyers de Charité des conférences du P. Yannick Bonnet (1933-2018) intitulées "la prophétie de Marthe Robin et l'avenir de la France".[1]  L'ancien postulateur de la cause de béatification de la voyante, le. P. Bernard Peyrous[2], pensait qu'il n'était pas possible d'affirmer l'existence de tels textes dans la documentation existante, insistant que Marthe avait plutôt une vision globale du trajectoire spirituel du pays, ce que le philosophe Jean Guitton appelait "une sorte de perspective divine".[3] Par contre, le P. Peyrous lui-même, en attribuant les paroles suivantes à Marthe dans sa biographie publiée en 2006, avait dit qu'elles "relèvent du genre prophétique", notant à juste titre leur convergence avec d'autres mystiques catholiques réputés allant de Ste Mariam Baouardy (1846-1878) jusqu'à Marcel Van (1928-1959) :

"La France va descendre jusqu'au fond de l'abîme, jusqu'au point où l'on ne verra plus aucune solution humaine de relèvement. Elle restera toute seule, délaissée de toutes les autres nations qui se détourneront d'elle, après l'avoir conduite à sa perte. Elle ne restera pas longtemps dans cette extrémité. Elle sera sauvée, mais ni pas les armes, ni par le génie des hommes, parce qu'il ne leur restera plus aucun moyen humain... La France sera sauvée, car le bon Dieu interviendra par la Sainte Vierge. C'est elle qui sauvera la France et le monde... Le bon Dieu interviendra par la Sainte Vierge et par le Saint-Esprit : ce sera la nouvelle Pentecôte, le second "avènement" du Saint-Esprit. Ce sera une ère nouvelle et à partir de ce moment se réalisera la prophétie d'Isaïe sur l'union des coeurs et l'union des peuples... Après le nouvel "avènement" du Saint-Esprit qui se manifestera plus particulièrement en France, celle-ci réalisera vraiment sa mission de fille aînée de l'Eglise et l'épreuve, en la purifiant, lui rendra son titre perdu." [4]

D'autres sources confirment cette dynamique de chute et relèvement dans la vision de Marthe pour la France, notamment le P. Yannick Bonnet dans son récit de sa visite à Châteauneuf-la-Galarde en avril 1973. Introduit dans la chambre de la stigmatisée par le P. Finet, il dit :

"Marthe, si je viens vous voir, c'est pour une raison bien simple. J'ai 7 enfants [5], ma 7ème est née il y a six mois, et je me fais un souci monstre à l'idée qu'elle va vivre dans un monde [...] que je vois s'effondrer. Et Marthe m'a dit, immédiatement, elle m'a coupé pratiquement, elle m'a dit : "Mais ce n'est rien à côte de ce que ça sera [...], vous n'imaginez pas jusqu'à où on descendra. Mais vous verrez, le renouveau sera extraordinaire." Elle a commencé une phrase, elle m'a dit : "ce sera comme une balle qui rebondit", et puis elle s'est reprise, et elle a dit : "non, ça rebondira beaucoup plus haut et beaucoup plus vite qu'une balle." Et elle a enchaîné là-dessus en disant : "il y aura des conversion stupéfiantes et des vocations innombrables, la France redeviendra la grande Fille Aînée de l'Eglise [...] qui évangélisera le monde entier." Elle m'a fait une véritable prédiction [...] pleine d'espérance [...] ça m'a extraordinairement bluffé, elle était au courant de tout ce qui se passait dans le monde [...] j'ai parlé géopolitique avec elle, elle était complètement à l'aise; [...] et quand je lui disais : "je suis inquiet pour la France", elle m'a dit : "mais vous avez raison d'être inquiet parce que ça va descendre beaucoup plus bas que vous ne l'imaginez". [6]

Position de l’Église : Le 2 février 1988, Mgr Marchand, évêque de Valence, instaure une commission d’enquête. Le 26 mars 1991, le Saint-Siège donne son nihil obstat à la poursuite de la cause de béatification ; Marthe est déclarée Vénérable par le Pape François le 7 novembre 2014.

Notes : 

[1] Voir : https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/France/Les-Foyers-de-Charite-desapprouvent-les-conferences-du-P.-Yannick-Bonnet-sur-Marthe-Robin-2014-04-11-1134890 Lors de ces conférences, le P. Bonnet présentait également l'essai politique 2012-2017 : un roi pour la France d'Henri Montalban, dont il avait signé la préface.

[2] https://fr.zenit.org/2014/02/05/la-priere-de-marthe-robin-pour-la-france-une-nouvelle-pentecote/

Prêtre de la Communauté de l'Emmanuel né en 1947, le P. Peyrous a malheureusement été démis de ses fonctions en 2017 par l'archevêque de Bordeaux "à la suite de gestes gravement inappropriés" sur une femme. 

[3] Jean Guitton, Portrait de Marthe Robin (Grasset, 1985), p. 107.

[4] P. Bernard Peyrous, Vie de Marthe Robin (Editions de l'Emmanuel, 2006), p. 140-141. L'auteur place ces propos dans le contexte des premières conversations entre Marthe et le Père Finet en 1936. 

[5] A l'époque, Yannick Bonnet, docteur en chimie, travaillait chez Rhône-Poulenc. Devenu veuf en 1995, on l'ordonne prêtre en 1999.

[6] Propos lors de l'émission "Ecoute dans la nuit", Radio Notre-Dame, 28 avril 2017. radionotredame.net/player/101221/ (à partir de 47:00)